Robert Wun signe l’une des collections les plus intelligentes de la Haute couture week 2026

Mercredi, le créateur basé à Londres a détricoté le processus créatif d’une collection haut de gamme. Entre tableaux enivrants, formes complexes et questionnements essentiels, le défilé s’est transformé en laboratoire idyllique.
Comment naît une collection de Haute couture ? Quelles valeurs profondes la traversent ? Dans un monde où la mode est sans cesse accusée de superficialité, Robert Wun choisit de répondre à ces questions fondamentales par la forme la plus cérébrale. Présentée mercredi 28 janvier, au Théâtre du Lido (Paris), sa dernière collection, « The Desire to Create, and the Courage to Carry-on », se veut une réflexion sur la construction identitaire à travers le savoir-faire de la Haute Couture.
Processus créatif en déconstruction
Les premiers des 25 looks émergent derrière un écran de nuages. Une image presque onirique, pensée comme une métaphore de l’inspiration brute. Les créatifs le connaissent bien : ce moment suspendu où les idées jaillissent avant même que la conclusion ne prenne forme. Ici, les silhouettes se succèdent alors, aussi diverses que percutantes. Les oiseaux, épaulettes extra-larges, bustes sculptés – signatures du créateur hongkongais déjà aperçues lors de précédents défilés de la maison londonienne – s’invitent sur les robes. La palette chromatique se dessine progressivement, du blanc virginal au rouge sang, jusqu’au noir le plus profond. Les fondations sont posées : matières, couleurs, intentions. Le processus créatif peut alors entrer dans sa seconde phase.


Le deuxième tableau explore la notion de luxe, mais un luxe que Robert Wun souhaite ancré dans la réalité de celles et ceux qui l’achètent. Il interroge ainsi la valeur de la pièce inestimable et notre rapport au prix, à la création, à ce qui fait réellement sens. C’est sans doute le moment le plus spectaculaire du défilé. Les coupes gagnent en dramaturgie, les mannequins ralentissent le pas, laissant le regard s’attarder. La quintessence du luxe s’invite alors naturellement sur le podium : la joaillerie, à travers une collaboration avec Swarovski. Le look 17 s’impose d’ailleurs comme le favori de la rédaction, dévoilant une mise en abyme saisissante, écho subtil au précédent défilé Haute Couture de Robert Wun, qui jouait déjà avec les codes du vêtement et de sa manière d’être porté.

La crise magnifiée
Le dernier tableau vient clore ce récit créatif en posant une question plus intime : celle de la valeur du travail accompli, mais aussi de la place du créateur lui-même. Doit-il rester dans l’ombre ou s’exposer à la lumière ? Un dilemme existentiel auquel sont confrontés de nombreux designers, ici traduit par une scène traversée d’éclairs et par l’apparition d’une nouvelle couleur : l’or, symbole de révélation autant que de fragilité.

Robert Wun rappelle en somme avec force que la mode ne sert pas uniquement à habiller, mais aussi à identifier, raconter et questionner la mode (et, disons-le, le monde) qui nous entoure. Il s’impose comme l’un des rares designers de la nouvelle génération dont la mode a aujourd’hui cruellement besoin : exigeante, ultra-précise, toujours complexe, mais jamais hermétique. On apprécie cette collection, car, contrairement à la précédente collection, embrasse moins de littéralité pour un message plus subtile avec toujours autant – si ce n’est plus – d’impact. C’est une vision capable de parler au plus grand nombre – et qui donne déjà une seule envie : découvrir ce qu’il osera à nouveau raconter et déconstruire lors de sa prochaine collection.