Le défilé Zuhair Murad 2026 ou l’art de résister par la couture

Mercredi, à la Haute couture week, la prestigieuse maison libanaise a signé une collection printemps-été 2026 somptueuse. Inspirée de la Renaissance, elle célèbre la lumière comme réponse sensible à un monde en tumulte.
Créer une collection essentiellement basée sur la beauté lorsque le monde vacille n’est jamais un geste innocent. D’autant plus pour une maison libanaise, fondée dans une région encore marquée par des fractures géopolitiques à l’instar de tant d’autres contrées, le choix de célébrer la lumière relève presque d’un acte de foi. Ce mercredi 28 janvier, au Palais de Tokyo, Zuhair Murad n’a pas cherché à faire passer un message frontal. Avec ce nouveau vestiaire, il a préféré parler couture. Mais une couture chargée de sens, où chacune des 45 silhouettes a répondu avec grâce à l’ombre de ce monde.
Opulence maîtrisée
D’ailleurs, le titre de la collection, Chiaroscuro, dit tout. Hérité de la peinture de la Renaissance, le clair-obscur devient ici une métaphore textile : celle d’un monde traversé de contrastes, où la beauté naît précisément de la tension entre l’ombre et la lumière. Le designer de 54 ans reste alors fidèle à ce qu’il maîtrise le mieux : une couture architecturée, spectaculaire, avant tout pensée pour impressionner. Corsets coniques inspirés des années 1950, tailles ciselées, volumes marqués autour des hanches, jupes amples, drapés profonds, sur-jupes aériennes et décolletés sensuels dessinent des silhouettes fortes, assumées, parfois théâtrales. Rien n’est laissé au hasard, et certainement pas la mise en scène du corps.


On craque d’ailleurs pour deux looks : le 35e qui sublime la jambe féminine par son effet de fente qui dévoile un millésime de dimants. Lequel sensuit du 36e dont les mitaines repensés font de cet accessoire le prochain must-have de nos looks romantiques.


Bien sûr, le travail de la matière, signature de la maison qui approche des 30 ans, force le respect. Les broderies sont d’une précision remarquable. Perles, cristaux, sequins et fils métalliques composent des motifs floraux et ornementaux d’une grande richesse. Ils évoquent des plafonds peints et des décors d’édifices anciens. La palette – champagne, rose poudré, vert sauge, bleu aquatique – diffuse une lumière douce, presque irréelle. Qu’on se le dise : le résultat est luxueux, efficace.


Nostalgie abusive ?
Mais cette maîtrise a aussi son revers. À force de convoquer les références de la Renaissance, du glamour classique et du grand soir, la collection peut parfois sembler davantage tournée vers le passé que vers l’avenir. Certaines silhouettes évoquent une vision du luxe très codifiée, presque nostalgique, qui dialogue peu avec les interrogations contemporaines de la couture. Ici, Zuhair Murad ne cherche pas à bousculer les lignes. Il ne déconstruit pas, ne provoque pas, ne joue pas avec les codes : il les consolide. Un parti pris qui peut séduire par sa constance, mais qui pose question à l’heure où la Haute couture explore de nouveaux récits, plus ancrés dans le présent.


C’est pourtant là que réside la logique de cette collection : ce qui pourrait passer pour un manque de renouvellement relève en réalité d’un choix clair : celui de la permanence. Là où d’autres fragmentent ce monde, Zuhair Murad vise à réassembler. Là où le monde s’agite, lui, il ralentit. L’héritage devient résolument un socle, et aucunement un fardeau.
Collection essentielle
Chiaroscuro impose en somme sa cohérence par la conviction. Elle rappelle que la Haute couture peut encore être un sanctuaire : celui du temps long, de la transmission, du rêve. Une couture qui ne nie pas l’ombre, mais choisit obstinément de faire surgir la lumière.
Avec cette collection printemps-été 2026, Zuhair Murad signe une proposition somptueuse et maîtrisée, portée par un artisanat d’exception et une vision esthétique toujours autant ancrée. Une couture qui revendique, sans détour, le droit de croire encore, et malgré tout, à la beauté.
