Laurence Rochat, ancienne championne de ski de fond : « J’ai beaucoup souffert. J’ai mis du temps à me relever »

L’ambassadrice d’Audemars Piguet se confie sur sa trajectoire et nous livre les prises de conscience qui l’ont amenée à faire des choix pour mieux se respecter.
Laurence Rochat s’est reconstruite après avoir traversé des épreuves. Aujourd’hui, elle a trouvé un équilibre dans son couple, dans son travail et dans le temps consacré à prendre soin de son corps et de son âme. Cette sérénité, elle désire la transmettre à d’autres avec son programme de coaching et de mentorat: «Je veux donner des outils aux gens, pour qu’ils apprennent à investir en eux». Derrière la jolie blonde au sourire radieux, il y a la femme déterminée qui croit dur comme fer à la possibilité de progresser et changer. Elle assure que l’on peut surmonter les écueils de l’existence si l’on est bien équipé. Quant à elle, elle trouve avant tout son bonheur au contact de la nature et dans la simplicité.
ELLE : Quel lien entretient-on avec son corps après avoir eu un titre olympique?
Laurence Rochat : Ma devise a toujours été de continuer à faire du sport. Je le pratique à bon rythme, mais sans objectif. C’est très agréable de le faire dans le seul but de se sentir bien. Je marche, je cours, je nage, et avec mon chéri nous faisons de la peau de phoque et du ski en hiver… j’aime diversifier les activités.
Vous évoquez votre « chéri ». Peut-on connaître son nom ?
Oui, Marc Girardelli est un ancien champion de ski alpin. Nous sommes en couple depuis six ans. Nous nous sommes rencontrés à un moment charnière : il était séparé de son épouse et moi, j’étais seule après le décès de mon compagnon.
Vous parlez de lui comme d’une âme jumelle. Faut-il se ressembler pour qu’une relation dure ?
Quand on est jeune, peut-être qu’on recherche son contraire pour casser les règles, mais lorsqu’on mûrit, on se rend compte que partager des mêmes valeurs, des mêmes intérêts permet une relation plus équilibrée. Marc et moi nous nous sommes trouvés, nous vivons une histoire simple mais intense. Ce n’est pas contradictoire !
Le fait qu’il soit lui aussi un ancien athlète a-t-il compté pour vous ?
Forcément, quand vous avez fait de la compétition, vous vous retrouvez sur beaucoup de sujets. Mais je ne choisis pas mes compagnons pour ça. Philippe Rochat, qui a été un autre homme important dans ma vie, était un chef étoilé…
Quand on est jeune, peut-être qu’on recherche son contraire pour casser les règles, mais lorsqu’on mûrit, on se rend compte que partager des mêmes valeurs, des mêmes intérêts permet une relation plus équilibrée.
Un chef qui faisait du sport intensément …
Philippe Rochat était d’abord un grand cuisinier, mais c’est vrai, il était aussi un grand sportif. Cependant, je crois qu’on est attiré par la personne, par son âme… ce sont avant tout deux cœurs qui se rejoignent… Mais j’avoue quand même que les quelques longues relations que j’ai eues dans ma vie étaient toujours avec des sportifs. Je ne pourrais pas m’imaginer avec une personne qui n’aime pas le sport ou la nature. Ces deux éléments comptent trop pour moi.
Cette année, cela fera dix ans que Philippe Rochat a disparu… le deuil a-t-il été difficile ?
J’ai beaucoup souffert. J’ai mis du temps à me relever, cela a pris 4-5 ans et plein de choses se sont accumulées durant cette période. J’ai été touchée dans ma santé et j’ai même pensé que je pourrais, moi aussi, à un moment, exploser ou me briser.
Que s’est-il passé ?
J’ai été trop loin. Je me suis réfugiée dans le travail, je me suis tuée au boulot, il n’y avait plus d’équilibre personnel, cela m’a conduite au burn-out. Comme mon corps était très résistant, c’est ma tête qui a lâché.
Qu’en avez-vous tiré comme enseignement ?
J’ai compris que le temps fait son travail et que ça reste le meilleur des médicaments. C’est un apprentissage de la vie en accéléré. Traverser ces drames nous rend plus fort, mais on s’est quand même abîmé au passage… C’était mon chemin, l’essentiel c’est que cela m’a ouvert les yeux sur ma manière de fonctionner.
Avant, j’avais l’impression que pour obtenir des choses il fallait se battre, transpirer, aller trop loin pour les mériter. Depuis deux ans, j’ai l’impression que je n’ai plus rien à prouver. Je dois juste continuer à grandir, m’améliorer, mais sans dureté.
Aujourd’hui, on vous sent épanouie, avec une belle énergie. Comment avez-vous remonté la pente ?
Je n’ai pas voulu de traitement, j’ai préféré recourir à l’aide universelle. Ma famille, mes proches m’ont soutenue et la méditation en Thaïlande… je pense que je devais passer par là pour changer d’état d’esprit : avant, j’avais l’impression que pour obtenir des choses il fallait se battre, transpirer, aller trop loin pour les mériter. Depuis deux ans, j’ai l’impression que je n’ai plus rien à prouver. Je dois juste continuer à grandir, m’améliorer, mais sans dureté.
Vous avez appris la douceur ?
Oui. Avant, j’étais trop dure envers moi-même. Philippe (Rochat) et Marc (Girardelli) sont aussi passés par là. Cette hyperexigence, toujours pousser les limites… Quand on arrive à des cassures, c’est là qu’il faut arrêter et essayer de comprendre. À force de trop s’attacher au matériel, au succès, on finit par s’éloigner de soi-même. Je suis heureuse d’avoir réalisé ça à 44 ans et pas à 80, et avant qu’il ne soit trop tard. Il faut nourrir son être et pas son ego. Il faut être aligné avec soi-même.
Originaire de la vallée de Joux, vous venez d’un milieu paysan. Que vous a apporté cette vie ?
Mon enfance a été «bucolique». C’était une vie simple, mais où il y avait de l’amour. J’ai grandi avec mes sœurs au milieu de la nature. Nous ne partions pas en vacances, il fallait aider pour le bois, chercher les vaches… Je reste très attachée à cette terre, ce sont mes racines. Mais le monde paysan est aussi assez rude. Mes parents nous ont élevées à la dure, avec le goût de l’effort, du travail.
À force de trop s’attacher au matériel, au succès, on finit par s’éloigner de soi-même.
Vous avez lancé Gear Up For Life, une structure de coaching. Pouvez-vous nous en parler ?
J’ai une vision pour ce projet en cours de développement, mais actuellement je coache déjà des gens en tant que professionnelle. Je m’adresse à des personnes qui sont conscientes qu’elles doivent s’améliorer parce que leur système actuel ne marche plus. L’idée est d’établir un bilan global, afin d’équiper les candidats mentalement, physiquement et émotionnellement pour leur éviter d’aller dans le mur. Leur donner une feuille de route, les entraîner comme des sportifs pour leur permettre d’être plus à l’écoute d’eux-mêmes.