Une nouvelle exposition plonge dans le surréalisme de Schiaparelli

Ouverte dès à présent au V&A de Londres, l’exposition « Schiaparelli: Fashion Becomes Art » met en lumière les collaborateurs artistiques de la créatrice, de Salvador Dalí à Jean-Michel Frank.

Fondée en 1927, fermée en 1954 puis ressuscitée en 2012, la maison de mode Schiaparelli connaît aujourd’hui un spectaculaire renouveau sous la direction artistique de Daniel Roseberry. Le surréalisme, lui aussi, captive à nouveau des consommateurs en quête d’évasion, comme dans l’entre-deux-guerres des années 1930. Pour célébrer ce retour en grâce, le musée V&A de Londres consacre une exposition à Elsa Schiaparelli, à la maison qu’elle a fondée et à sa renaissance : « Schiaparelli: Fashion Becomes Art », à découvrir dès le 28 mars.

L’exposition met en lumière l’influence considérable d’Elsa Schiaparelli, disparue en 1973, sur la mode, l’art et le design, à travers ses collaborations avec des figures majeures comme Salvador Dalí ou Jean-Michel Frank. « Elle a insufflé l’irrévérence et la créativité de l’art moderne dans ses créations, sa communication, jusqu’à ses salons de couture », explique Rosalind McKever, curatrice au V&A, lors de l’avant-première.

Organisée en collaboration avec la maison, l’exposition rassemble plus de 400 pièces : une centaine de silhouettes, une cinquantaine d’œuvres d’art, mais aussi des bijoux, flacons de parfum et archives, couvrant une période allant des années 1920 à aujourd’hui. Les visiteurs pourront notamment découvrir les célèbres créations surréalistes de Schiaparelli, inspirées par les artistes de son cercle : une veste brodée d’un dessin de Jean Cocteau représentant deux visages formant un vase, ou encore une robe ornée du fameux homard de Salvador Dalí — clin d’oeil à son iconique téléphone-homard — portée autrefois par Wallis Simpson.

Elsa Schiaparelli se rapproche du mouvement surréaliste dès 1920, lorsqu’elle s’installe à Paris avec sa fille après la rupture de son mariage, quittant New York. Pour subvenir à ses besoins, elle se lance dans la mode et connaît un succès fulgurant en 1927 avec ses pulls à noeud en trompe-l’oeil, devenus viraux avant l’heure. Portée par ce succès commercial et celui de son parfum S, elle développe son activité jusqu’à inaugurer, au milieu des années 1930, une somptueuse maison de couture. Dalí, qui y installe une version rose fuchsia de son célèbre canapé en forme de lèvres, considérait d’ailleurs son adresse de la place Vendôme comme « le cœur battant du Paris surréaliste », rappelle McKever.

Pour concevoir ce siège spectaculaire, Schiaparelli s’entoure notamment de Jean-Michel Frank, collaborateur moins connu du grand public. Bien que brièvement évoqué dans l’exposition — à travers une vitrine présentant un cendrier conçu avec le sculpteur suisse Alberto Giacometti — il signe pourtant l’ensemble de ses intérieurs au fil des années. De son petit appartement de la rue de la Paix, aux murs blancs, mobilier noir épuré et rideaux en cuir verni, jusqu’au salon de couture de 98 pièces aux hauts plafonds et moulures délicates, Frank orchestre chaque détail. Leur dialogue créatif repose sur un subtil équilibre entre matériaux inattendus et lignes classiques. Il conçoit notamment la cage à oiseaux grandeur nature toujours visible dans les salons Schiaparelli, ainsi que plusieurs flacons de parfum modernistes, dont l’un est présenté dans l’exposition.

C’est également Frank qui présente Schiaparelli à Alberto Giacometti, lequel imagine un éclairage indirect pour les salons, dissimulé dans des formes évoquant des coquillages posés sur des colonnes en plâtre. « Il donnait à l’ensemble une dimension presque éthérée », confie le galeriste londonien Didier Haspeslagh, spécialiste du bijou d’artiste, qui a prêté plusieurs pièces de Giacometti à l’exposition.

Au-delà de l’éclairage, Giacometti crée aussi des boutons pour les vêtements Schiaparelli, ainsi que des broches et pendentifs en forme d’animaux ou de créatures mythologiques — oiseaux, sphinx, chevaux. Deux broches en forme d’anges signées Schiaparelli ont même été immortalisées par Pablo Picasso dans son portrait de 1937 de l’artiste surréaliste Nusch Éluard. Prêtée par le Musée Picasso, cette oeuvre “incarne parfaitement le titre de l’exposition, ‘Fashion Becomes Art’”, souligne McKever.

Alors que la maison s’apprête à célébrer son centenaire l’an prochain, l’exposition du V&A met à l’honneur une griffe redevenue incontournable, tout en soulignant le rôle essentiel des collaborations dans son héritage. Comme le résume Didier Haspeslagh, Schiaparelli a construit toute sa carrière en « rebondissant créativement avec toutes les personnalités qui l’inspiraient ».

Autrice : Julie Brener Davich
Cet article a été traduit et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elledecor.com. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

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