Torre di Bellosguardo : immersion dans l’adresse secrète de Florence

Perchée sur les hauteurs, la Torre Di Bellosguardo cultive depuis des siècles une élégance discrète. Entre histoire, art et douceur de vivre, cet hôtel hors du temps offre un autre visage de la cité Toscane.
Il y a Florence que tout le monde connaît. Le Duomo, les palais Renaissance, les ruelles animées, les terrasses et cette beauté presque étourdissante qui attire chaque année plusieurs millions de voyageurs du monde entier. Et puis, il y a Florence vue d’en haut. À quelques minutes seulement du centre historique, la route grimpe sur la colline de Bellosguardo. On dit que d’ici, Galilée contemplait les étoiles. Derrière une grille et une longue allée bordée de cyprès, se cache la Torre di Bellosguardo. Une adresse secrète, une tour majestueuse et cette vue extraordinaire sur Florence. Sur les murs chargés d’histoire, trône la statue de La Charité, du sculpteur Pietro Francavilla. Élégante, douce, dominante, elle a traversé les siècles, et accueille encore aujourd’hui les visiteurs à l’entrée.
Les gardiens du temps
La tour médiévale, qui date du XIIIe siècle, est liée au poète Guido Cavalcanti, ami de Dante. Il la fit construire comme pavillon de chasse et refuge familial. En 1583, la tour devient une villa Renaissance avec les marquis Rôti Michelozzi. Elle traverse différentes époques de l’histoire florentine avant d’appartenir en 1913, à la baronne Marion Von Hornstein-Franchetti. Elle en fait un lieu fréquenté par des nobles et intellectuels européens. Puis c’est à son fils, et petit-fils d’en hériter. Plus d’un siècle plus tard, Bellosguardo est toujours une histoire de famille.


Avec seulement 16 chambres disséminées dans une vaste demeure entourée de jardins, la Torre di Bellosguardo entretient davantage l’atmosphère d’une maison privée, que celle d’un hôtel. Une sensation qui tient sans doute à son histoire. Un héritage dont Ana Franchetti, l’épouse d’Amerigo Franchetti, le petit-fils de la baronne, parle avec un sentiment de responsabilité presque aussi fort que celui de la propriété. « Nous nous considérons comme les gardiens du temps, de l’histoire et de l’esprit de ce lieu ». Il ne s’agit pas seulement d’entretenir une demeure historique, mais de préserver ce qui ne se restaure ni ne se fabrique : son atmosphère et son âme.

L’art d’habiter l’histoire
La bâtisse a développé sa propre relation au temps. Dans les salons, les chambres et les jardins, les époques se superposent. On imagine les générations qui ont habité ces lieux, foulé ces parquets, marché dans ces mêmes jardins et contemplé, bien avant nous, cette vue spectaculaire sur Florence. À la réception, un livre d’or commencé en 1920 conserve d’ailleurs les mots laissés par ceux qui sont passés ici. Près d’un siècle de visiteurs et autant de regards portés sur la maison. « Certains hôtes développent une véritable connexion avec le lieu. Ils sont venus tellement souvent qu’ils ne viennent plus à Florence, mais à Bellosguardo. Ils sont là parce que cet endroit existe » confie Ana.

Certains hôtes développent une véritable connexion avec le lieu. Ils sont venus tellement souvent qu’ils ne viennent plus à Florence, mais à Bellosguardo. Ils sont là parce que cet endroit existe.
De la villa Renaissance à la tour médiévale, les pièces se succèdent sans jamais se ressembler. De grands salons aux plafonds hauts, puis des espaces plus intimes, presque secrets. Une cheminée monumentale sculptée dans la pierre, un tableau, une tapisserie, un meuble ancien, une porte en bois sombre. Le bois, justement, est très présent et donne à certaines pièces une atmosphère particulière. Rien n’est faux dans ce décor et rien ne répond à un modèle. Dans le grand salon d’entrée, les fresques de Bernardino Poccetti sur le plafond rappellent la transformation de Bellosguardo au XVIe siècle, lorsque les marquis Roti Michelozzi font appel à des artistes florentins pour l’embellir. C’est peut-être là que Bellosguardo révèle le mieux sa singularité : l’art n’y est pas exposé comme dans un musée. Il fait partie des lieux. Et puis il y a les jardins. Des cyprès, des oliviers, des parterres fleuris, un potager, des passages qui conduisent vers des recoins plus cachés.


Plus loin, la piscine s’ouvre sur Florence et ses monuments, en contrebas. Elle se déploie avec le dôme de Brunelleschi qui émerge au-dessus des toits. On peut s’asseoir sous un arbre, ouvrir un livre, se baigner, lever les yeux vers la ville, avec l’impression d’avoir Florence rien qu’à soi et n’entendre presque rien. C’est le luxe de Bellosguardo : l’espace et le silence. Ana Franchetti le revendique avec franchise « Nous ne voulons pas que les gens arrivent ici en attendant un luxe extrême ou un niveau de service que nous ne proposons pas. Nous avons autre chose à offrir. Nous voulons qu’ils apprécient Bellosguardo pour ce qu’il est, pas pour ce qu’ils imaginent qu’il devrait être. » Et c’est ce qui fait le charme de cette demeure hors du temps. Préserver plutôt que transformer. Résister à la tentation de tout rénover, pour répondre aux standards du luxe contemporain. « Il faut accepter que tout ne soit pas parfait. Il faut accepter de sentir le temps ».
Certains hôtels sont une étape dans un voyage. La Torre di Bellosguardo, elle, est une destination!
