Comment le fitness est devenu une nouvelle source de pression

Une entraîneuse évoque le plaisir de ne pas optimiser son entraînement.

Contre toute attente – et à l’opposé de ce que je défends dans mon métier de coach sportive anti-régime –, une vidéo m’a récemment plongée dans une véritable spirale de doutes : aurais-je, moi aussi, besoin d’optimiser mes fesses ? On y voit un autre coach, apparemment réputé pour sculpter des fessiers voluptueux, répondre à une cliente frustrée par le manque de résultats au niveau de son postérieur. Il détaille les exercices et les stratégies à adopter pour obtenir une « étagère » – mais qu’est-ce que c’est censé vouloir dire, au juste ? –, gagner en galbe et accentuer le ratio hanches-taille. Orientez votre pied de cette façon pendant un kickback à la poulie, pas de cette autre manière. Évitez cette erreur lors de vos soulevés de terre. C’était à la fois absurde et fascinant. Les fesses de la jeune femme semblaient parfaitement normales, mais elles étaient loin des objectifs ultra-galbés qu’elle – et son coach – s’étaient fixés.

Même si j’adopte une approche anti-régime auprès de mes clientes comme dans ma propre pratique sportive – en encourageant le développement d’une force fonctionnelle et une relation plus apaisée avec son corps plutôt qu’une quête esthétique –, je n’ai pas pu empêcher certains doutes de s’immiscer : mon propre programme d’entraînement avait-il besoin de quelques ajustements pour mieux développer mon fessier ?

C’est absurde, parce que je sais parfaitement quoi faire pour améliorer ma santé, ma santé mentale et mon bien-être général. Et vous aussi, probablement. Après tout, ce sont les mêmes recommandations répétées dans les articles les plus ennuyeux, les brochures médicales et les campagnes de prévention : faire du renforcement musculaire deux fois par semaine – en sollicitant l’ensemble des grands groupes musculaires et en allant suffisamment loin dans l’effort, pour les plus pointilleux –, et viser au moins 150 minutes d’activité cardiovasculaire modérée chaque semaine. À cela peuvent s’ajouter le yoga, le Pilates ou le travail de mobilité, si le temps le permet. Le reste est tout aussi simple, même si ce n’est pas toujours facile à mettre en pratique : sortir prendre l’air, bouger avec ses amis, pratiquer des activités que l’on aime réellement quand c’est possible. Consulter un physiothérapeute en cas de blessures ou de douleurs persistantes. Dormir. Manger. Éviter de passer des heures à faire défiler son téléphone. Ce qui ne figure pas dans ces recommandations, en revanche, c’est l’idée de se focaliser obsessionnellement sur un exercice précis, un objectif unique ou une méthode miracle. Pourtant, c’est exactement ce que cherchent à nous vendre ces gourous des fessiers.

Parce que nous vivons à l’ère de l’optimisation. Notre quête du meilleur absolu nous pousse à trop nous renseigner, trop dépenser et trop en faire – tout en négligeant d’autres habitudes excellentes pour notre santé parce que, soudainement, nous n’avons plus le temps. Et l’industrie du fitness excelle dans l’art de nous rendre insatisfaites de notre façon de bouger. Partout où l’on regarde, quelqu’un nous promet le secret ultime pour éviter la perte osseuse à la périménopause ; la méthode idéale pour transformer sa composition corporelle ; le programme infaillible qui permettra enfin d’obtenir des fesses gigantesques et musclées, ou de sculpter le corps du moment – « Muscle mommy », « Pilates princess » ou silhouette « luxe lean » ; ou encore les 17 raisons pour lesquelles notre routine actuelle serait en réalité une totale perte de temps. Sans oublier les poudres, compléments alimentaires, peptides, gilets lestés et services de livraison de repas prétendument indispensables au fameux « package » qui promet des abdominaux dessinés.

Tous ces messages contradictoires, aussi séduisants qu’assourdissants, nous conduisent souvent dans l’une de ces deux directions : soit nous nous jetons corps et âme dans une méthode qui, au fond, ne nous fait pas vraiment du bien ; soit – et c’est peut-être le plus fréquent – nous concluons que la routine parfaite est tellement éloignée de ce que nos vies nous permettent réellement de mettre en place que nous baissons les bras avant même d’avoir commencé. Certaines de mes clientes, ainsi que des lectrices de ma newsletter How to Move, où je partage chaque semaine des entraînements simples et des conseils accessibles, m’ont confié être venues vers moi après s’être épuisées ou blessées à force d’enchaîner les cours ultra-intensifs à la mode. D’autres ne savent tout simplement pas par où commencer, tant les injonctions contradictoires qui inondent les réseaux sociaux les désorientent.

Et pourtant, malgré une abondance inédite d’informations sur l’exercice physique – davantage de cours, de chaînes, de méthodes, de gadgets et d’influenceurs que jamais –, beaucoup d’entre nous n’atteignent toujours pas les recommandations officielles. Aux États-Unis, par exemple, seuls 24 % des adultes respectent à la fois les objectifs d’activité aérobie et de renforcement musculaire. Plus inquiétant encore, cette proportion diminue avec l’âge. Chez les femmes, 28,7 % des 18-34 ans atteignent ces recommandations – contre 41,3 % des hommes du même âge –, puis 22,7 % chez les 35-49 ans, avant de tomber sous les 18 % après 50 ans.

Tout le bruit autour de l’optimisation n’est peut-être même pas le principal responsable. Soyons honnêtes : il s’agit probablement d’un mélange d’épuisement collectif, de manque de temps et d’énergie, ainsi que de difficultés financières qui rendent, pour beaucoup, l’abonnement à une salle de sport difficilement accessible. Mais c’est précisément ce contexte qui nous rend encore plus vulnérables aux promesses de sublimation. Lorsque le temps et l’énergie manquent, que les recommandations paraissent impossibles à atteindre et qu’un prétendu secret nous promet de rentabiliser chaque minute passée à la salle, il devient tentant d’y croire. Le tout se combine à notre culture du tout ou rien et à notre tendance à nous comparer aux autres, nous laissant souvent dépassées et découragées. Alors, que faire ? J’ai quelques idées.

Occupez-vous de vos affaires

Taylor, une abonnée à ma newsletter, m’a récemment parlé du fossé immense entre sa façon actuelle d’aborder le renforcement musculaire et son expérience de la course à pied dans les années 2010. À l’époque, m’a-t-elle raconté, « j’ai téléchargé au hasard une application « du canapé au 5 km » et je suis restée globalement ignorante des questions d’alimentation optimale, de plans d’entraînement ou d’équipement. Pourtant, j’ai couru régulièrement pendant plusieurs années. Je m’amusais et j’étais heureuse de mes progrès parce que je ne me comparais pas vraiment aux autres. » « Puis est arrivée l’année 2026 et ma volonté de mettre en place un simple programme de musculation. Mes réseaux sociaux se sont retrouvés inondés d’influenceurs dont toute la vie – et les revenus – tournent autour de la salle de sport. Je dois constamment me rappeler mon état d’esprit des années 2010 : les programmes d’entraînement et les statistiques des autres ne me regardent pas, et l’optimisation n’a, pour l’essentiel, rien à voir avec mes objectifs très ordinaires de débutante en musculation. »

Taylor a tout compris. Mettre une partie de tout cela de côté aide énormément. Ce n’est pas facile, mais considérer tous ces conseils obsessionnels comme « les affaires des autres » peut véritablement changer la donne.

Acceptez que « suffisamment bien » soit… suffisamment bien

Quand le temps manque – et quand est-ce qu’il ne manque pas ? –, il est facile de se décourager à l’idée de ne pas réussir à tout caser. J’ai récemment discuté avec une cliente qui souhaite reprendre une activité physique maintenant que son deuxième enfant a deux ans. Mais, en dehors des promenades avec son chien, elle ne dispose peut-être que d’une heure par semaine. Je lui ai expliqué qu’il est possible de réaliser une séance de renforcement étonnamment efficace en seulement cinq à dix minutes. Ce n’est peut-être pas optimal, mais c’est infiniment mieux que de ne rien faire du tout. Et, pour beaucoup d’entre nous, cela suffit déjà à améliorer l’humeur, à gagner un peu en force et à réduire sensiblement les douleurs du quotidien. D’ailleurs, dans les dernières recommandations de l’American College of Sports Medicine sur le renforcement musculaire – les premières mises à jour depuis près de dix-sept ans –, les auteurs soulignent que les bénéfices les plus importants apparaissent lorsqu’on passe de « rien » à « quelque chose ». Même une petite dose de musculation, sous n’importe quelle forme, améliore les différents marqueurs de la condition physique. Et cela signifie aussi que lorsque la vie évolue et que davantage de temps se libère, nous ne repartons pas de zéro : nous disposons déjà de fondations solides sur lesquelles construire.

Cette idée a rassuré ma cliente… avant qu’elle ne recommence immédiatement à s’inquiéter de ne pas réussir à intégrer aussi du cardio. Et oui, le cardio est important. Les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité chez les femmes aux États-Unis, et l’exercice d’endurance est un levier essentiel pour réduire ce risque. Mais cela ne signifie pas forcément suivre un cours de danse ultra-intense ou partir courir. Augmenter simplement le rythme de ses promenades avec son chien peut déjà faire une réelle différence. On peut aussi faire confiance au fait que, si l’on a de la chance, la vie est longue : les circonstances changent, et il y aura peut-être davantage de temps, plus tard, pour le cardio, le yoga ou les autres pièces manquantes du puzzle.

Quand nous sommes débordées et stressées, essayer de cocher toutes les cases revient souvent à vouloir faire entrer un mois entier de vêtements dans un minuscule sac à dos : il n’y a tout simplement pas assez de place. Oui, les recommandations en matière d’activité physique constituent de bons objectifs. Mais elles ne sont pas toujours réalistes à toutes les étapes de notre vie. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faille rien faire. Nous ne pouvons peut-être pas tout accomplir, mais nous pouvons choisir ce qui compte le plus pour nous aujourd’hui, et nous autoriser à poursuivre d’autres objectifs lorsque les circonstances évolueront. Pour l’instant, que « suffisamment » soit suffisant.

Si vous débutez, commencez vraiment petit

Résistez à la tentation de passer de 0 à 100. Ce n’est pas simple lorsque nous sommes bombardées de programmes sophistiqués et de routines compliquées, ni lorsque nous avons l’impression de devoir rattraper le temps perdu. Mais essayez. Plus nous en faisons dès le départ, plus le coût d’entrée sera élevé : courbatures importantes, risque accru de blessure et découragement généralisé. Lorsque le plan est trop ambitieux, nous avons davantage de chances d’avoir l’impression d’en avoir pris plus que nous ne pouvons supporter. Demandez-vous plutôt : quelle est la dose minimale d’exercice dont j’ai besoin pour ressentir les bénéfices que je recherche ? Commencez par là. À quoi ressemblent cinq minutes d’activité physique par jour ? Puis, après quelques semaines, dix minutes ? Puis quinze ?

Même si votre objectif ultime est de devenir haltérophile de compétition, commencez avec des exercices au poids du corps. Familiarisez-vous avec les mouvements. Débutez très modestement, avec des charges légères, puis progressez étape par étape. Car le progrès est précisément le but recherché. C’est aussi pour cette raison que la plupart des programmes d’initiation à la course alternent beaucoup de marche et un peu de course : avancer progressivement permet au corps de s’adapter, réduit le risque de blessure et vous laisse capable de fonctionner normalement le lendemain.

Trouvez une ressource fitness qui vous parle vraiment

Le bon côté de cette armée d’influenceurs fitness qui vous hurlent dessus à propos de la routine parfaite, c’est qu’il n’a jamais été aussi facile de trouver aussi des personnes réellement utiles et bienveillantes. Si vous parvenez à identifier une seule voix qui vous semble raisonnable, réaliste et alignée avec vos objectifs, il peut être bénéfique de lui accorder votre attention… tout en faisant abstraction du reste. Cela peut passer par un simple désabonnement ou par le fait d’ignorer les fils d’actualité dictés par les algorithmes des plateformes que vous utilisez. Assurez-vous néanmoins que les experts auxquels vous choisissez de faire confiance possèdent de véritables qualifications. Une certification délivrée par un organisme reconnu, comme l’EREPS (European Register of Exercise Professionals), la SAFS (Swiss Academy of Fitness & Sports) ou un brevet fédéral suisse, constitue déjà un bon point de départ, notamment si votre objectif est le renforcement musculaire. Bien sûr, chacun a ses préférences. Mais je recommande aussi d’éviter les personnes qui vendent des compléments alimentaires ou cautionnent des pratiques bien-être douteuses. Privilégiez plutôt celles qui adoptent une approche inclusive, fondée sur les preuves scientifiques et, pourquoi pas, neutre vis-à-vis du corps. Vous reconnaîtrez généralement un coach adepte de la « neutralité corporelle » parce qu’il vous le dira clairement et qu’il ne centrera pas son discours sur la perte de poids ou les transformations esthétiques. L’esthétique peut évidemment constituer une source de motivation. Mais les améliorations fonctionnelles sont bien plus simples à poursuivre, à atteindre et à maintenir dans le temps, avec beaucoup moins de risques. Et n’oubliez pas une chose : les méthodes les plus banales – le renforcement musculaire, l’exercice cardiovasculaire et le repos – sont souvent celles qui fonctionnent réellement.

Et écoutez votre ressenti : Si l’énergie de quelqu’un vous intimide, vous stresse ou vous fait vous sentir mal à propos de l’apparence ou des capacités de votre corps, considérez cela comme un signal d’alarme. À l’inverse, si ses conseils vous apaisent, vous donnent confiance et vous font sentir capable d’agir, alors vous êtes probablement au bon endroit.

Au fond, il s’agit peut-être simplement de cela : apprendre à faire taire le bruit et retrouver une façon de bouger qui vous soutient réellement, au lieu de vous épuiser. Et ça, vous en êtes capable.

Autrice : Anna Maltby
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

Tags : Sport