Aimer et détester en même temps : comment surmonter l’ambivalence émotionnelle

Voici comment décoder ses propres tensions internes, et saisir ce que nos émotions disent vraiment.

« J’aime et je hais. Peut-être me demanderez-vous comment je fais. Je ne sais, mais je sens, et j’en suis torturé. » Catulle connaissait bien l’ambivalence émotionnelle. Des siècles avant que la psychologie ne lui donne un nom, le poète romain avait déjà, en deux vers, identifié et décrit à la perfection ce déchirant paradoxe intérieur.

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir partagée entre deux émotions qui s’attirent et se repoussent en même temps ? D’éprouver à la fois de l’affection et de l’irritation pour la même personne, de l’enthousiasme et de la peur face à un même choix, du soulagement mêlé de nostalgie face à une fin ? Bien sûr que oui, cela arrive à tout le monde ! Ce n’est ni de l’incohérence ni de la faiblesse. Rassurez-vous, c’est simplement l’humanité.

L’ambivalence émotionnelle, c’est cet état où les sentiments se chevauchent, se contredisent et pourtant coexistent, comme deux notes dissonantes qui — contre toute logique — finissent par créer une forme d’harmonie. C’est l’une des expériences les plus intimes et les plus complexes de la vie : elle peut nous dérouter tout en nous rappelant à quel point notre monde intérieur est profond, changeant, et incroyablement vivant et complexe.

Qu’est-ce que l’ambivalence émotionnelle ?

Quand on parle d’ambivalence émotionnelle, on fait référence à la capacité — ou parfois au tourment — de ressentir des émotions opposées envers une même personne, situation ou idée. C’est ce moment où l’on se sent en conflit, tiraillé entre deux élans intérieurs : aimer et redouter, vouloir et repousser, sourire tout en retenant un nœud dans la gorge. Il n’y a, en réalité, rien de plus normal : heureusement, notre monde intérieur ne fonctionne pas en noir et blanc.

Les chercheurs qui étudient l’ambivalence émotionnelle en psychologie expliquent que des émotions opposées peuvent coexister parce qu’elles sont traitées par des circuits différents du cerveau, souvent actifs simultanément. En pratique, ce n’est pas de la confusion, mais de la complexité : un esprit capable de percevoir et d’intégrer des signaux variés. C’est un peu comme assister à un dialogue entre différentes parties de soi, qui pensent de façon opposée mais qui, ensemble, contribuent à révéler une vérité plus large. Accepter cette coexistence n’a rien d’une faiblesse : c’est reconnaître que ressentir beaucoup — et dans des directions parfois contradictoires — est une preuve de vie.

Pourquoi pouvons-nous ressentir des émotions contradictoires ?

Lorsque l’on éprouve des émotions opposées, plusieurs zones du cerveau s’activent en parallèle, ce qui donne naissance à des réactions complexes. On peut ainsi se sentir heureux face à une nouvelle opportunité tout en ayant peur de ce que cela va laisser derrière soi. Ou encore être fière d’un accomplissement et, en même temps, ressentir une pointe de nostalgie pour l’effort que cela a demandé.

En psychologie, l’ambivalence émotionnelle est considérée comme la conséquence naturelle de cette architecture mentale sophistiquée. Elle résulte d’un équilibre subtil entre des émotions primaires, comme la joie ou la colère, et des émotions plus élaborées, liées à la réflexion et à l’expérience. Au fond, si nous étions programmés pour ne ressentir qu’un sentiment à la fois, notre vie émotionnelle serait bien plus simple — et infiniment plus pauvre. La capacité d’abriter des émotions contrastées est précisément ce qui nous rend humains, profonds, capables d’empathie et d’autoréflexion.

Des exemples d’ambivalence émotionnelle dans la vie quotidienne

Cela nous arrive lorsque l’on aime profondément quelqu’un, mais que, parfois, on l’enverrait volontiers sur Mars. Ou quand, face à une décision importante, on se sent à la fois impatientes de commencer et terrifiée à l’idée de se tromper. Même des moments en apparence sereins — un déménagement, une promotion, la naissance d’un enfant — peuvent mêler enthousiasme et anxiété, joie et appréhension.

Au quotidien, l’ambivalence émotionnelle, c’est cette petite voix qui nous souffle « enfin ! » puis, juste après, « mais en serai-je capable ? ». C’est la nostalgie qui envahit à la fin de vacances que l’on attendait tant, ou le soulagement teinté de tristesse qui suit une rupture pourtant nécessaire. Chaque fois que le cœur et la raison tirent dans des directions opposées, l’ambivalence apparaît et nous rappelle que la vie ne se laisse pas simplifier. L’accepter, plutôt que la combattre, est déjà une façon de la comprendre.

Comment gérer l’ambivalence sans se laisser submerger

L’ambivalence émotionnelle n’a pas vocation à être diabolisée ni réprimée, mais comprise. Chercher à la faire taire revient à vouloir étouffer une partie de soi — et, sur le long terme, cela ne fonctionne pas. La première étape consiste à reconnaître ce que l’on ressent, même lorsque deux émotions semblent se heurter : leur donner un nom réduit la confusion et augmente la conscience de soi. Ensuite, il faut du temps : comprendre pourquoi l’on aime et redoute la même chose demande de la patience et l’envie d’explorer notre monde intérieur.

Parler avec quelqu’un de confiance peut aider, tout comme écrire ou simplement observer comment l’intensité de nos émotions évolue. Accepter l’ambivalence ne signifie pas se résigner, mais apprendre à rester dans cet entre-deux sans jugement. C’est une forme d’intelligence émotionnelle qui permet de choisir avec plus de clarté plutôt que de réagir impulsivement.

Au fond, être en équilibre entre deux émotions est souvent le signe que l’on est simplement en train de grandir : on traverse une frontière, et toute frontière, par nature, porte une dualité.

Autrice : Valentina Loretelli
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/it. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

Tags : amour · psychologie
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