Le « thriller psychologique haletant » de Netflix, « Unchosen », est-il basé sur une histoire vraie ?

De nombreuses sectes existent en Europe, mais lesquelles ont inspiré la dernière série de Netflix ?

Plus on en apprend sur les sectes, plus il devient difficile d’imaginer qu’elles puissent encore exister dans le monde moderne. Et pourtant, il en existe tant — vous n’en avez peut-être juste pas conscience… à moins d’en faire partie vous-même.

Ce rappel glaçant nous vient d’une nouvelle série Netflix, Unchosen, qui met en scène une secte fictive appelée la Fellowship of the Divine (dirigée par un Mr. Phillips incarné par un Christopher Eccleston « captivant », selon The Times). Dans cet univers, toute forme de technologie est bannie (« des pipelines de pornographie et d’égouts directement vers nos âmes ! »), et les hommes sont supérieurs aux femmes à presque tous les niveaux. Ils ont du pouvoir, s’agitent, travaillent, se sentent importants — tandis que les femmes, elles, n’en ont aucun et sont confinées au foyer. Classique.

La série suit plus particulièrement un couple au sein de la secte : Adam (interprété par Asa Butterfield), de plus en plus dévot — et, osons le dire, misogyne — et sa femme Rosie (Molly Windsor), qui commence à remettre en question sa place après un incident impliquant leur fille, Grace (Olivia Pickering). Lors d’un orage, la petite, sourde, s’enfuit pour se cacher dans la forêt, prenant la tempête pour le Ravissement, et manque de se noyer. Elle est finalement retrouvée par Rosie et sauvée par un inconnu aussi séduisant que providentiellement musclé (Fra Fee), qui disparaît presque aussi mystérieusement qu’il est apparu.

Adam et son frère Isaac (Aston McAuley) arrivent et découvrent Rosie en train de tenter de réanimer Grace, qui a besoin d’une ambulance. Isaac sort alors un smartphone et passe l’appel. À partir de là, tout s’emballe : Rosie commence à remettre de plus en plus en question ce mode de vie oppressif.

Le moment peut-être le plus difficile survient lorsque Adam a un rapport sexuel avec Rosie — et je choisis mes mots à dessein — alors qu’elle n’en a manifestement pas envie. Mais, comme tout le reste, le sexe fait partie de ces choses qu’elle est simplement censée accepter, au titre de ses « devoirs » d’épouse. Si son mari en a envie, elle aussi, par défaut. Pensez à The Handmaid’s Tale, version foulards plus simples.

« Quand la société traverse une période d’incertitude extrême — comme c’est le cas aujourd’hui — c’est là que ces sectes émergent. »

Ancrée dans des idéologies chrétiennes, la Fellowship of the Divine a été inventée par la scénariste Julie Gearey. Mais elle s’est inspirée de groupes bien réels : elle a confié à Netflix avoir contacté d’anciens membres de ce type de communautés via les réseaux sociaux et des forums en ligne.

Le réalisateur de la série, Jim Loach, a lui aussi expliqué ce qui l’avait attiré dans le projet : « [Julie Gearey] a en réalité grandi dans une région du sud de l’Angleterre où certains élèves rentraient chez eux retrouver des parents impliqués dans des sectes », a-t-il confié à The Independent. « Ça m’a énormément fasciné, parce qu’elle avait échangé avec des personnes sorties de ces groupes sur leur expérience. J’ai trouvé que le scénario résonnait profondément avec la société contemporaine, et je me suis dit que c’était le moment idéal pour raconter une histoire sur des gens vivant au sein d’une secte. »

L’un des groupes du sud de l’Angleterre ayant déjà attiré l’attention des médias est le Bruderhof, une communauté chrétienne composée de deux branches d’environ 300 personnes chacune — l’une située à Nonington, dans le Kent, et l’autre à Robertsbridge, dans l’East Sussex.

Dans ces communautés, issues d’un mouvement pacifiste allemand né en 1920, les membres sont encouragés à vivre comme les premiers chrétiens. Les technologies modernes y sont limitées, les femmes doivent s’habiller modestement (avec un couvre-chef obligatoire), et tout est mis en commun, y compris les revenus. Si Julie Gearey ne dépeint pas directement le Bruderhof dans Unchosen — qui reste une vision fictive de ce à quoi pourrait ressembler une secte au Royaume-Uni — d’anciens membres ont néanmoins affirmé avoir été publiquement humiliés pour avoir enfreint les règles.

« Beaucoup de gens associent les sectes aux États-Unis, mais Julie Gearey a découvert qu’environ 2 000 sectes opèrent au Royaume-Uni »

« Je me souviens qu’on m’a fait lever lors d’un déjeuner… et qu’on m’a ordonné de m’excuser pour mon comportement. On m’a traitée d’enfant de Satan, de parasite pour la communauté, on m’a dit que je finirais prostituée dans la rue, que j’étais un vampire, une enfant profondément mauvaise — et une sorcière », a confié une ancienne membre, Cecily, à la BBC. Son « crime » ? Avoir parlé à des garçons en dehors de la communauté du Bruderhof.

Dans le cadre de sa préparation pour le rôle, Asa Butterfield a regardé le récent documentaire de la BBC consacré au Bruderhof. « Je me souviens d’un homme qui était tellement précis et mesuré dans tout ce qu’il faisait qu’il ressemblait presque à un robot », a-t-il raconté à Netflix. « Même en montant les marches, il les prenait une par une, comme s’il avait peur de tomber. »

Beaucoup associent spontanément les sectes aux États-Unis. Pourtant, dans le cadre de ses recherches pour la série, Julie Gearey a découvert qu’environ 2000 sectes sont actuellement actives au Royaume-Uni, en s’appuyant notamment sur les témoignages d’anciens membres ayant réussi à en sortir. En Suisse, il n’existe pas de liste officielle ni de chiffre précis des sectes recensées, le terme « secte » n’étant, selon la Ville de Genève, pas défini légalement. Toutefois, pour Julie Gearey, « il y a de minuscules sectes qui ne sont rien de plus qu’une famille élargie », a-t-elle expliqué à Netflix. « Quand la société traverse une période d’incertitude extrême — comme aujourd’hui — c’est à ce moment-là que ces groupes émergent. »

Pour nourrir son interprétation, Butterfield a également visionné des documentaires sur la Plymouth Brethren Christian Church, une communauté chrétienne vieille de 200 ans, considérée par certains comme une secte. Elle repose sur une structure patriarcale, applique des règles strictes concernant l’usage des technologies et limite l’accès à Internet — même si, paradoxe notable, elle possède une chaîne YouTube et un site web. « Nous utilisons la technologie pour des raisons professionnelles, éducatives et domestiques », précise le groupe. Fort d’environ 55’000 membres à travers le monde, il encourage également une tenue vestimentaire modeste et un maquillage discret pour les femmes, ainsi que le port d’un couvre-chef lors des services religieux.

Selon une interview accordée au Sunday Times, il a également regardé la récente série de Netflix, Keep Sweet : Prie et tais-toi (2022), consacrée à la Fundamentalist Church of Jesus Christ of Latter-Day Saints, une branche mormone polygame basée en Arizona. Son dirigeant, Warren Jeffs, purge actuellement une peine de prison à vie au Texas après avoir été reconnu coupable dans deux affaires distinctes d’agressions sexuelles sur mineures.

Oui, c’est sombre. Une fois pris dans l’emprise d’une secte, il devient facile de perdre pied avec la réalité — une vulnérabilité que prédateurs et abuseurs exploitent sans difficulté. Les histoires de sectes ont toujours été un terreau fertile pour la télévision. Et c’est précisément ce qui rend Unchosen d’autant plus captivante.

Autrice : Olivia Petter
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/uk. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

Tags : série · netflix
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