Pourquoi Madonna a été, est et restera une icône à jamais

À 67 ans, elle sort un nouvel album, soutient les nouvelles princesses de la pop tout en agaçant ceux qui voudraient la faire taire, et continue de lutter contre l’âgisme qui gangrène l’industrie musicale — et, soyons honnêtes, le monde en général.

« Elle devrait prendre sa retraite. » « Pourquoi ne s’habille-t-elle pas comme une femme de son âge ? » « Quand va-t-elle accepter qu’elle est grand-mère ? » Voilà quelques-uns — parmi tant d’autres, bien pires — des commentaires laissés sous les vidéos montrant l’apparition surprise de Madonna à Coachella aux côtés de Sabrina Carpenter. Car s’il y a bien une chose qui caractérise la chanteuse, c’est son soutien constant aux nouvelles générations.

« Madonna a ouvert la voie et occupe une place respectée ; elle n’a jamais été une reine tyrannique, bien au contraire. Elle a brisé la dynamique patriarcale de rivalité entre divas et misé sur la sororité, en collaborant avec de nombreuses jeunes artistes de la scène actuelle, malgré l’obsession des médias à vouloir lui trouver une successeure », explique Eduardo Viñuela dans Bitch, She’s Madonna (2018).

Une fois de plus, je suis prise dans les filets de l’âgisme et de la misogynie qui imprègnent le monde dans lequel nous vivons. Un monde qui refuse de célébrer les femmes de plus de 45 ans et ressent le besoin de les punir lorsqu’elles continuent d’être fortes, ambitieuses et aventureuses.

Madonna
Instagram

En réalité, on traite la chanteuse de « grand-mère » depuis qu’elle a 35 ans. Et personne ne sera surpris d’apprendre que l’âgisme dont elle est victime épargne très rarement les hommes. En 2023, elle présentait la performance de Sam Smith et Kim Petras aux Grammy Awards. Pourtant, malgré le fait que Kim Petras soit devenue ce soir-là la première femme trans à gagner un Grammy et à s’y produire, ce n’est pas elle qui faisait les gros titres le lendemain. C’était le physique de Madonna.

« Au lieu de se concentrer sur ce que j’ai dit dans mon discours — un hommage au courage d’artistes comme Sam et Kim — beaucoup ont préféré commenter uniquement mes gros plans, pris avec un objectif qui déformerait le visage de n’importe qui », avait alors écrit Madonna sur ses réseaux sociaux. « Une fois de plus, je suis prise dans les filets de l’âgisme et de la misogynie qui imprègnent le monde dans lequel nous vivons. Un monde qui refuse de célébrer les femmes de plus de 45 ans et ressent le besoin de les punir lorsqu’elles continuent d’être fortes, ambitieuses et aventureuses », ajoutait-elle.

Comme l’écrit Hans Laguna dans Yo siendo yo (2026) : « Même si les choses ont évolué, les chanteuses pop doivent encore fournir davantage d’efforts pour conquérir leur autonomie dans l’industrie musicale. Et elles doivent aussi davantage mettre en scène cette conquête aux yeux du public, souvent à travers l’exagération ou, si nécessaire, la mythification. »

Experte pour faire tomber les barrières

Certaines de ses phrases cultes annonçaient déjà qu’il faudrait compter avec Madonna encore longtemps. « Les gens pensaient qu’un jour je me réveillerais et que j’aurais disparu. Mais ils se trompaient : je ne partirai jamais. » Ou encore : « Je ne serais jamais devenue celle que je suis sans toutes ces règles archaïques contre lesquelles me rebeller. »

Car si Madonna s’est toujours distinguée par quelque chose, c’est bien sa rébellion : contre les normes, contre l’âgisme, contre le moralisme. Et si sa carrière musicale a révolutionné les codes, son aventure éditoriale avec son livre S.E.X. (1992) a elle aussi fait scandale. « En plus des photos où j’apparaissais nue, il y avait des hommes embrassant des hommes, des femmes embrassant des femmes, et moi embrassant tout le monde. J’y écrivais aussi sur mes fantasmes sexuels et partageais ma vision de la sexualité. Pendant des années ensuite, j’ai été interrogée par des gens étroits d’esprit qui tentaient de me faire honte pour ma manière de m’émanciper en tant que femme », racontait-elle. « On m’a traitée de pute, de sorcière, d’hérétique, voire de démon. Aujourd’hui, Cardi B peut rapper sur son vagin. Kim Kardashian peut poser nue en couverture. Miley Cyrus peut débarquer sur une boule de démolition. De rien, les filles », lançait la chanteuse.

Je ne serais jamais devenue celle que je suis sans toutes ces règles archaïques contre lesquelles me rebeller.

Madonna

Avec son mélange magnétique d’hymnes pop, de rythmes dansants et de ballades dramatiques, Madonna a toujours eu un coup d’avance sur la culture pop. Elle ne suit pas les tendances : elle les crée. Son univers artistique a toujours dépassé la musique : chaque album devient une expérience visuelle pensée dans les moindres détails, entre clips cinématographiques, récits provocateurs et esthétique flamboyante qui ont redéfini les standards de l’industrie.

Son instinct pour l’image l’a aussi menée au cinéma, où elle a exploré différentes facettes d’actrice avec des résultats aussi commentés que sa propre personne. Mais c’est sur scène qu’elle déploie toute sa puissance créative : chacune de ses tournées devient un spectacle monumental, audacieux, théâtral et imprévisible. L’influence de Madonna a également révolutionné la mode. Dentelle, corsets, résilles et croix transformées en accessoires iconiques : autant d’éléments autrefois provocateurs devenus symboles de style mondial. Sa manière de s’habiller a marqué des générations et imposé une identité visuelle impossible à reproduire. Tout au long de sa carrière, l’artiste est restée fidèle à une voix ouvertement provocatrice sur la sexualité, le genre et la liberté d’expression, déclenchant des débats culturels qui ont largement dépassé le simple divertissement.

Bien sûr, elle avait déjà bouleversé la musique dans les années 1980. Mais c’est en 1990, avec la tournée Blond Ambition, qu’elle cesse d’être une simple star pop pour devenir un phénomène culturel mondial. Cette tournée a transformé à jamais le concept même du concert pop. Bien avant que les shows multimédias ne dominent les stades, Madonna mélangeait déjà théâtre, danse contemporaine, haute couture, performance artistique et visuels cinématographiques sur une même scène. Le résultat ? Un spectacle aussi sophistiqué que provocateur, capable de battre des records de recettes tout en défiant les limites culturelles de l’époque avec des références explicites à la sexualité féminine, à la religion, au pouvoir et à la fluidité de genre.

On m’a traitée de pute, de sorcière, d’hérétique, voire de démon. Aujourd’hui, Cardi B peut rapper sur son vagin. Kim Kardashian peut poser nue en couverture. Miley Cyrus peut débarquer sur une boule de démolition. De rien, les filles.

Madonna

Notre Marilyn à nous

L’impact est immédiat. La presse commence à voir en elle non seulement une artiste, mais aussi une stratège brillante capable de contrôler chaque dimension de son empire créatif. Parmi ses plus grandes références figure Marilyn Monroe, dont l’influence apparaît clairement dans le clip de « Material Girl » (1984), inspiré de la scène culte « Diamonds Are a Girl’s Best Friend » (1953) du film Les hommes préfèrent les blondes (1953). Mais Madonna a vite retenu une leçon essentielle du mythe Monroe : ne jamais laisser une seule image la définir. C’est ainsi qu’elle est devenue un véritable caméléon.

Revenons au moment où elle évoque Kim Kardashian sur ses réseaux sociaux. Puisqu’on vient de rappeler à quel point Madonna a toujours admiré Marilyn Monroe, il faut souligner que Kim Kardashian partage cette fascination. Pas seulement lorsqu’elle a porté une robe de l’actrice au Met Gala, mais aussi dans la manière dont elle est, d’une certaine façon, devenue « Madonna jouant Marilyn ». « Kim nous rappelle que Madonna — qui fut d’ailleurs voisine des Kardashian à Beverly Hills à leurs débuts —, qualifiée de « mythe postmoderne » par le critique culturel français Georges-Claude Guilbert en 2002, est importante parce qu’elle inspire l’imitation », écrit MJ Corey dans Dekonstructing the Kardashians (2026). « Kim crée ensuite du glamour en exhibant sa propre capacité de transformation, exactement comme Madonna en 1991 lorsqu’elle s’est habillée en Marilyn pour interpréter « Sooner or Later » (1990) aux Oscars, et tout au long d’une carrière définie par l’évolution et la référence permanente. »

Anna Wintour elle-même n’a jamais hésité à établir un parallèle entre Madonna et Kim Kardashian. Elle l’avait fait lorsque certains critiquaient la couverture de Vogue US consacrée à l’influenceuse. « Le rôle de Vogue est de refléter ce qui se passe dans la culture », expliquait la directrice britannique, rappelant que la première célébrité non mannequin à faire la couverture du magazine fut Madonna en 1989. « C’était il y a si longtemps que personne ne s’en souvient probablement, mais elle était extrêmement controversée. Aujourd’hui, elle fait partie de l’establishment. Si nous nous contentions d’un goût exquis et de personnes au goût exquis en couverture, le magazine serait très ennuyeux. Personne ne parlerait de nous. Et il est essentiel que les gens parlent de nous. »

Petite précision : bien qu’elle admire profondément Marilyn Monroe, Madonna estime qu’une immense différence les sépare. « Marilyn Monroe était une victime, moi non. Il n’y a donc aucune comparaison possible entre nous. » Point final. Son véritable absolu iconique est d’ailleurs inattendu : « Jésus-Christ était comme une star de cinéma. Mon idole ultime. »

Madonna et le féminisme

Sur Internet, beaucoup débattent pour savoir si Madonna est oui ou non une figure féministe. Pourtant, s’il y a une femme qui a su assumer sa sexualité en se réappropriant son corps sans se soucier du regard des autres, c’est bien elle. Et ses discours étaient combatifs à une époque où peu osaient l’être. Son discour aux Billboard Women in Music Awards de 2016 ferait presque trembler celui d’America Ferrera dans Barbie (2024).

« Si vous êtes une femme, vous devez suivre les règles. Vous pouvez être belle, sexy, séduisante. Mais ne vous croyez pas trop intelligente. N’ayez pas d’opinion qui sorte du cadre établi. Vous pouvez être objectifiée par les hommes et vous habiller de manière provocante, mais ne vous appropriez surtout pas votre sensualité », déclarait Madonna en 2016. « Et surtout, ne partagez jamais vos fantasmes sexuels avec le monde. Soyez ce que les hommes veulent que vous soyez, mais surtout ce que les autres femmes acceptent de voir en présence des hommes. Et enfin : ne vieillissez pas. Vieillir est un péché. Vous serez critiquée, humiliée et, évidemment, vous ne passerez plus à la radio. »

Et pourtant, malgré les critiques et les humiliations, elle continue de résonner à la radio et dans les foyers de millions de personnes. En 1990, la éditorialiste féministe Camille Paglia déclarait dans le New York Times que Madonna était « une véritable féministe ». Elle concluait même son texte par une phrase dont elle dira plus tard regretter la formulation : « Madonna est le futur du féminisme. » Des années plus tard pourtant, Paglia s’est retournée contre elle dans le Daily Mail Online. Pourquoi ? Parce qu’elle avait osé vieillir. « C’est véritablement tragique de voir Madonna sombrer dans des démonstrations honteuses d’auto-apitoiement et des accusations irrationnelles envers les autres. Elle devient un mélange délirant entre la vampirique Norma Desmond et l’amère Joan Crawford. Le principal problème dans cette trajectoire autodestructrice est son incapacité embarrassante à accepter le vieillissement », affirmait-elle. « Dans sa lutte pour rester pertinente, Madonna s’est abaissée à collaborer avec des adolescents et des influenceurs Instagram sans talent, incapables de rivaliser avec le brillant travail de Rihanna dans ce domaine. Au lieu de plaisanteries lugubres et de reproches hystériques, Madonna devrait peut-être faire preuve d’un peu d’autocritique honnête », ajoutait la Française.

Le principal problème dans cette trajectoire autodestructrice est son incapacité embarrassante à accepter le vieillissement.

Camille Paglia, éditorialiste féministe
Daily Mail Online

Et pardonnez-nous, mais critiquer les femmes pour ce qu’elles font — ou ne font pas — de leur physique n’a rien de particulièrement féministe… En revanche, défendre bec et ongles l’ambition féminine, ça l’est. Et la chanteuse a toujours excellé dans cet art. « Je suis intraitable, ambitieuse et je sais exactement ce que je veux. Si ça fait de moi une salope, alors parfait. »

Une icône LGBTQIA+

Bien avant que la diversité ne fasse partie du discours dominant de la pop culture, Madonna utilisait déjà sa plateforme pour rendre visible l’univers LGBTQIA+ avec une liberté rare pour l’époque. En pleine crise du sida, alors que de nombreuses stars évitaient de parler d’orientation sexuelle, Madonna choisissait de prendre position sans ambiguïté.

L’un des moments les plus marquants survient avec la sortie de Like a Prayer (1989), un album accompagné d’un message manuscrit appelant au respect et à la compassion envers les personnes touchées par le sida, quelle que soit leur orientation sexuelle. À une époque marquée par la peur et la stigmatisation, cette prise de position déclenche polémiques, interviews tendues et critiques médiatiques féroces.

Je suis intraitable, ambitieuse et je sais exactement ce que je veux. Si ça fait de moi une salope, alors parfait.

Madonna

Au-delà de la musique et de la mode, son impact tient aussi au fait d’avoir créé un espace de représentation pour toute une génération jusque-là quasiment absente de la culture populaire. Le 4 mai 2019, lors de la 30e édition des GLAAD Media Awards, elle reçoit l’Advocate for Change Award, devenant la première femme à obtenir cette distinction pour son soutien historique à la communauté et son combat contre le sida. « Madonna a toujours été et restera l’une des plus grandes alliées de la communauté LGBTQIA+, et il est parfaitement logique d’honorer notre défenseuse la plus influente lors du plus grand événement de GLAAD », déclarait Sarah Kate Ellis, présidente et CEO de l’organisation.

De la crise du VIH aux problématiques LGBTQIA+ internationales, Madonna a défendu sans peur un monde où les personnes de la communauté pouvaient être pleinement acceptées. Sa musique et son art sont devenus, pendant des décennies, des espaces de refuge et d’expression pour des millions de personnes.

Sarah Kate Ellis, présidente et CEO de GLAAD

« De la crise du VIH aux problématiques LGBTQIA+ internationales, Madonna a défendu sans peur un monde où les personnes de la communauté pouvaient être pleinement acceptées. Sa musique et son art sont devenus, pendant des décennies, des espaces de refuge et d’expression pour des millions de personnes, et ses paroles comme ses actions ont contribué à transformer d’innombrables mentalités. » Et pour accompagner le lancement de son nouvel album Confessions II (2026), attendu le 3 juillet, Madonna a choisi de collaborer avec l’application de rencontre gay Grindr. « Depuis des décennies, Madonna définit le son et l’esprit des dancefloors gays ; sa musique nous a réunis. Et son soutien n’a jamais été opportuniste : il a toujours été constant », a déclaré l’application dans un communiqué.

La guerrière ultime

« Ceux qui voulaient l’accuser d’être un simple patchwork vide de sens ou un produit commercial avaient clairement tort », affirme Eduardo Viñuela. Il rappelle qu’Adam Sexton avait avoué dans Buscando desesperadamente a Madonna (1992) avoir un temps cru qu’il ne s’agissait que de sexe. Mais Sexton a fini par reconnaître son erreur.

À l’époque, beaucoup se demandaient combien de temps durerait sa célébrité. « Ce n’est pas étonnant, car nous avons appris — et perpétué dans le canon patriarcal de l’histoire de la musique — à invisibiliser les compositrices et interprètes jusqu’à ce que cela paraisse normal », explique-t-il. Pourtant, personne n’a réussi à la faire taire. « Je ne veux plus que les gens imitent ma façon de m’habiller, mais ma façon de penser. Si les gens s’habillaient comme Britney Spears et pensaient comme Madonna, tout irait bien dans ce monde », disait-elle.

Et si penser comme elle signifie embrasser la diversité, faire ce que l’on veut et déranger ceux qui voudraient voir les femmes disparaître passé un certain âge, alors oui : espérons que tout le monde pense un peu plus comme Madonna.

Autrice : Marita Alonso
Cet article a été traduit en français et adapté pour la Suisse après avoir initialement été publié sur elle.com/es. Retrouvez tous les autres articles de cette édition sur le site web officiel.

Tags : Musique · people · analyse
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