Yves Saint Laurent : ce créateur suisse méconnu derrière l’une de ses collections les plus iconiques

Ce samedi 1er août ne sera pas seulement la Fête nationale de la Suisse. La date marque aussi les 90 ans de la naissance d’Yves Saint Laurent ; coïncidence parfaite pour revenir sur une histoire méconnue qui relie l’un des plus grands noms de la mode française au pays.

Un prodige à 21 ans

Yves Saint Laurent n’a que 21 ans lorsqu’il prend la direction artistique de la maison Christian Dior, ce qui fait de lui le plus jeune créateur à avoir jamais accédé à une direction artistique d’une telle renommée. Sa toute première collection, la ligne « Trapèze », suffit à convaincre tout Paris qu’il est l’héritier légitime du créateur éponyme disparu. Quelques années plus tard, il quitte la prestigieuse marque pour fonder sa propre maison, et c’est là qu’il modernise ce qui deviendra sa pièce la plus célèbre : le smoking féminin. Un costume d’homme réinterprété pour la femme, porté comme une véritable prise de position. Les plus grandes icônes de l’époque, comme Audrey Hepburn et Catherine Deneuve, portent alors ses créations, et très vite, s’habiller en Saint Laurent devient une manière féminine d’affirmer qui l’on est.

Eric Biehle, le Suisse derrière une collection mythique d’Yves Saint Laurent

Il y a pourtant un épisode de son histoire qu’on raconte beaucoup moins souvent. En 1967, Yves Saint Laurent présente la collection « Les Africaines », qui marque un double tournant. D’un côté, elle fait entrer pour la première fois des mannequins noirs sur un podium parisien – tournant mode qui devient alors politique -, de l’autre, les motifs, rendant cette collection immédiatement reconnaissable, ne sont pas signés par le couturier français. C’est à un créateur suisse qu’on le doit : Erich Biehle.

Formé à Zurich auprès de Johannes Itten, grande figure du Bauhaus, le designer y développe une technique bien à lui, apprise lors d’un séjour aux États-Unis, qui consiste à peindre ses motifs à la cire sur du papier de riz avant de les transférer en négatif. Le procédé donne à ses créations un style graphique inédit, capable d’être répété et recomposé à l’infini sur le tissu. Utilisée pour la première fois pour « Les Africaines », cette technique séduit immédiatement Saint Laurent, au point de devenir l’une des signatures visuelles les plus reconnaissables de la maison.

Une révérence à la hauteur de sa carrière

Le 7 janvier 2002, Yves Saint Laurent annonce son retrait de l’industrie, la voix hésitante, devant une salle de journalistes qui ne s’y attendait pas. Deux semaines plus tard, au Centre Pompidou, il offre à la mode ses adieux les plus spectaculaires : 2000 invités, 200 mannequins et 300 modèles qui retracent 40 ans de carrière, des robes Mondrian aux vestes safari, en passant par les looks les plus emblématiques du prêt-à-porter Rive Gauche. Le Petit Prince de la mode, comme l’élite aimait à l’appeler, s’éteindra six ans plus tard, en 2008, laissant derrière lui une œuvre indissociable de l’histoire de la mode française. Et pourtant, dans les coulisses de cette légende toute parisienne, un fil discret mené jusqu’à Zurich. Comme quoi, la Suisse n’est jamais loin des légendes de la mode.

Tags : haute couture · designer · Suisse · Mode · Zurich
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