Vetements ou l’art de profaner avec grâce le classicisme
Le 3 octobre dernier, à la Fashion Week de Paris, la transgressive marque basée à Zurich, qui présentait sa collection printemps-été 2026, n’a aucunement cherché à rassurer les amateurs de la saison des fleurs. Au contraire, elle les a poussés à interroger les diktats et les traditions de la mode, avec une furieuse maîtrise des coupes et des messages.
À celles et ceux qui pensaient le vestiaire classique à jamais intouchable, Vetements répond par un geste insolent, comme elle sait si bien le faire. Pour le printemps-été 2026, la maison dirigée par Guram Gvasalia s’empare des codes les plus policés du luxe européen, ce afin de mieux les fissurer.
Pour cause, dans un contexte où la garde-robe printanière se veut traditionnellement légère, aérienne, presque rassurante, Vetements prend le contre-pied avec une proposition dense, expressive, ultra sombre. Dès le premier look et le premier son, on le comprend : de voraces aboiements accompagnent un tee-shirt affichant une croix gammée surplombée du sigle « interdit ». Brutal ? Perturbant ? Très probablement. Mais il ne faut pas longtemps avant de réaliser que cette collection ne cherche ni l’adhésion immédiate ni le consensus. Elle impose une vision : radicale, ironique, résolument contemporaine de la mode.


La maîtrise de la véritable subversion
De Heidi Klum à Kelly Rutherford jusqu’à Bill Kaulitz ou encore Ming Lee Simons : un mot revenait sans cesse dans la bouche du front row : « subversif ». Et il ne s’agit pas ici d’un simple effet de style. La subversion chez Vetements est une grammaire. Elle s’exprime dans les volumes, les proportions, la manière de porter – ou de détourner – le vêtement. Une robe blanche aux pois noirs, fluide, presque aérienne, se déploie en mouvement, tout en comprimant le visage sous un masque intégral. Le corps avance libre, mais désincarné. Et ce n’est pas le seul look à offrir une pleine scène à cet accessoire perturbant.
Tout au long du défilé, le choix du mannequin masqué se répète en boucle et agit comme un manifeste silencieux : la star n’est plus celle qui défile, mais bien le vêtement lui-même. Une prise de position forte à l’ère de l’hyper-personnalisation, où l’image et le visage dominent souvent le discours de mode. Ici, Vetements redonne au vêtement ses pleins pouvoirs.


Le désir sous tension
Parmi ces pouvoirs, a régné l’art de la contradiction. Une robe blanche ultra déchirée, lacérée à l’extrême, dévoile le corps féminin sans pour autant l’hypersexualiser. Les transparences d’autres looks sont brutes, presque inconfortables, mais troublent autant qu’elles fascinent. Plus loin, un ensemble noir composé d’une veste en tweed dont la coupe et la culotte du même tissus imposent une silhouette qui transgressent sans hésitation l’inspiration Chanel, et, pour autant, on prend un malin plaisir à s’y imaginer.


D’autres jupes fendues à l’arrière, révélant ostensiblement le fessier des mannequins, injectent une dose d’humour grinçant dans un outfit qui lui se clame rigoureux. Dans le même temps, un simple look doté d’une longue jupe en denim structurée et d’un T-shirt blanc banal, s’associe à un message : « Je suis nue sous mes vêtements ». Le banal devient politique. Et c’est là que réside la force du geste. Chez Vetements, le corps n’est pas idéalisé : il est exposé, sous toutes ses formes, en tout temps assumé.


Un message clair pour bien commencer l’année
Entre classicisme et provocation, entre ironie et sérieux, entre rejet et attraction. La maison basée à Zurich détourne les symboles du chic européen pour mieux les réinjecter dans une réalité contemporaine, brute, parfois inconfortable, mais toujours lucide. La collection printemps-été 2026 de Guram Gvasalia ne célèbre pas la légèreté saisonnière. Elle en propose une relecture : la légèreté ne doit plus être naïve, mais consciente. Durant cette Fashion Week de Paris, Vetements a signé un vestiaire qui ose regarder le luxe droit dans les yeux, sans révérence excessive, mais avec une intelligence rare.
Le printemps 2026 selon Vetements n’est pas une promesse de douceur. C’est une affirmation. Celle d’une mode qui dérange juste assez pour redevenir essentielle.